L´appel du ciel

Le journal des messagers et des apparitions

Père Cipriano De Meo

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Entretien avec le Père Cipriano De Meo, doyen des Prêtres exorcistes du monde

S’il ne faut pas voir l’action du malin partout, c’est également une grave erreur que de nier son existence. Le diable et l’enfer sont des réalités mentionnées à de nombreuses reprises dans l’Evangile. Dans le prolongement des articles que nous avons consacrés au Père Michele Bianco, Prêtre exorciste officiel et recteur du Sanctuaire de Saint Cyriaque que vous retrouverez prochainement dans ces pages, nous avons décidé de vous proposer, à partir de ce numéro, des articles destinés à mieux lutter contre le mal dans notre quotidien. Appuyée par des théologiens et des Prêtres, cette action vise à mieux nous en faire comprendre les causes, conséquences et manifestations ; en restant dans la vérité de notre foi et en écartant tout aspect spectaculaire outrancier.

Nous débutons avec un entretien en deux parties que nous a accordé le Père Cipriano De Meo, Prêtre italien, doyen des exorcistes, officiellement désigné par l’Eglise, qui exerce ce Ministère depuis 1952. Sa riche expérience nous livre ainsi de précieux enseignements, destinés à nous rappeler certaines réalités mais aussi à infirmer des idées reçues, afin que nous soyons préparés au mieux pour ce combat spirituel et que nous puissions en parler à notre tour avec exactitude.

Le Père Cipriano de Meo nous accueille au couvent de Serracapriola, construit en 1535 ; c’est l’un des premiers couvents capucins. Agrandi depuis, il a servi de noviciat et d’école de théologie. Le Padre Pio a vécu ici durant un an, afin d’étudier la théologie, avant d’être ordonné Prêtre. Tout le monde ici se souvient de son passage, notamment du fait de son grand amour de la Passion du Christ et aussi parce qu’il pleurait souvent devant le Crucifix.

Le Père Matteo d’Agnone a également vécu en ce lieu, il y est mort en 1616. Au début, son tombeau se trouvait dans une des chapelles. En raison de l’humidité, son corps a ensuite été transporté à côté de l’autel dans l’Eglise, où il se trouve encore aujourd’hui. La vie, la réputation de sainteté et les dons de ce Prêtre sont remarquables mais malheureusement très peu diffusés.

Le Père Cipriano De Meo a vécu dans ce couvent durant 18 ans, il en a étudié l’histoire et compris l’importance du rôle qu’a joué ici le Père Matteo. C’est pourquoi il a décidé d’écrire un livre sur sa vie. Le Père Matteo d’Agnone possédait de nombreux charismes, dont un puissant don d’exorcisme.

Le Père Matteo d'Agnone

L’APPEL DU CIEL : Le Père Matteo d’Agnone est connu pour avoir été un puissant exorciste. Son influence pour chasser le démon est d’ailleurs encore largement attestée de nos jours…

PERE CIPRIANO DE MEO : Je pratique l’exorcisme depuis bientôt 57 ans et je peux moi aussi témoigner : le Père Matteo continue aujourd’hui encore à nous aider dans ce Ministère de délivrance. Les réactions des personnes possédées sont très significatives lorsque je l’invoque ou quand elles s’approchent de son tombeau. J’ai découvert le charisme du Père Matteo d’Agnone grâce à d’anciens écrits qui précisaient que le diable s’enfuyait dès que ce Prêtre se présentait. Le malin est notamment dérangé par l’humilité et le Père Matteo était une personne très humble. Quand je suis arrivé au couvent de Serracapriola, j’ai commencé à prier le Père Matteo. Son exhumation avait eu lieu en 1751, afin de lui donner une plus belle sépulture, et ses ossements furent déposés sur un linge. J’utilise depuis longtemps ce linge, qui est une relique véritable, lors des exorcismes que je pratique.

L’APPEL DU CIEL : San Giovanni Rotondo est très proche d’ici. Vous avez ainsi rencontré plusieurs fois le Padre Pio au début de votre sacerdoce…

Le père Cipriano de Meo célébrant la Sainte Messe

Le Père Cipriano de Meo célébrant la Sainte Messe

PERE CIPRIANO DE MEO : Ma première rencontre avec le Padre Pio a été très simple. J’étais alors étudiant en théologie et j’ai été envoyé par mes supérieurs à San Giovanni Rotondo pour aider à répondre aux nombreuses lettres que le Padre Pio recevait. Lorsque nous sommes arrivés, avec deux autres frères, nous avons demandé s’il était possible de le voir. Il était en train de prier. Nous nous sommes rendus auprès de lui mais n’osions pas le déranger. Finalement, c’est lui qui s’est retourné vers nous, il nous a regardés et a demandé pourquoi nous n’avions pas de barbe. Nous avons répondu que nous étions trop jeunes. Il nous a dit que nous nous reverrions un peu plus tard. Nous étions très heureux de cette rencontre. Nous avons ensuite parlé plus longuement avec lui dans le couloir.

A cette époque, je me demandais si je devais prêcher ou enseigner. Un jour, j’ai posé la question au Padre Pio. Il a pris ma main et m’a dit : “ Ne t’en inquiète pas car tu feras les deux, tu prêcheras et tu enseigneras.”

Quand j’ai été ordonné Prêtre le 6 mars 1949, j’ai à nouveau été envoyé à San Giovanni Rotondo. Je me souviens qu’il mangeait peu, priait beaucoup – il avait toujours son chapelet à la main – et n’aimait pas se mettre en avant.

L’APPEL DU CIEL : Dans quelles circonstances s’est déroulée votre première “ rencontre ” avec le diable ?

PERE CIPRIANO DE MEO : Le 7 décembre 1952, on sonne à la porte du couvent. J’ouvre et vois une femme, accompagnée de deux hommes. Je leur demande quel est l’objet de leur visite et personne ne me répond. Je perçois chez eux une grande inquiétude. Pour rompre leur silence, je demande à la femme quel est son nom et elle me répond avec une voix masculine. Puis, elle a commencé à crier, disant qu’elle était le diable. C’était ma première rencontre avec le démon. J’ai posé quelques questions afin de mieux comprendre et je me suis rendu chez mon supérieur, en lui demandant de venir. Nous sommes retournés auprès des personnes qui nous ont dit qu’elles s’étaient déjà rendues dans plusieurs Eglises, sans avoir obtenu la délivrance de la femme possédée. Celle-ci m’a alors dit, toujours avec cette voix d’homme : “ C’est toi qui dois me chasser. ” Elle m’a également dit qu’elle ne pouvait ni me toucher, ni me regarder car, lorsqu’elle levait les yeux vers moi, elle voyait la Sainte Vierge et que cela lui était insupportable. Je ne savais pas comment faire pour l’exorciser ; je me suis alors rendu une nouvelle fois auprès du Padre Pio pour lui demander conseil. Il a notamment prononcé cette phrase, que je n’oublierai jamais : “ Je vais prier pour toi afin que tu ne te fatigues jamais. ” Il m’a ensuite expliqué que le démon cherche à tromper et à décourager le Prêtre. Le Padre Pio m’assurait ainsi de ses prières, dans ce qui allait devenir mon Ministère d’exorcisme.

Padre Pio aux pieds de Notre Dame des Grâces

Padre Pio aux pieds de Notre Dame des Grâces

La délivrance de la femme qui était venue me voir a duré trois ans. Durant cette période, j’ai souvent demandé conseil au Padre Pio, afin de ne pas être trompé par le démon. Puis, au fil des séances d’exorcisme, j’ai découvert que la victime était possédée à cause de péchés graves qu’elle n’avait pas confessés. Le dernier exorcisme a duré plus de six heures, en présence des autorités religieuses du diocèse. Le démon a finalement été chassé et a dit : “ Ton âme appartient à Dieu ”. Telle a été sa dernière phrase. Puis, j’ai continué à prier et la femme s’est mise à vomir abondamment. Elle est rentrée chez elle, délivrée.

Je n’ai pas choisi d’exercer ce Ministère, c’est la volonté de Dieu. Après ce premier cas de délivrance, mon Evêque m’a confié de manière officielle cette mission.

L’APPEL DU CIEL : Fort de votre expérience en la matière, vous confirmez que la prière est fondamentale et puissante dans la lutte contre le mal…

PERE CIPRIANO DE MEO : Lors d’une prière d’exorcisme, la victime de possession commence à révéler certains signes de troubles, puis le diable se manifeste. En blasphémant, il demande souvent pourquoi nous continuons à prier le Rosaire, qui est un excellent moyen de lutte contre les forces du mal. Le démon fait tout pour nous éloigner de Dieu, nous incitant notamment à tenter de le combattre avec nos seules forces humaines sans demander l’aide du Ciel. C’est une erreur que nous ne devons pas commettre, en priant spécialement la Sainte Vierge, que le malin craint énormément. J’ai connu des exemples de possession qui illustrent bien cela, le diable traitant des personnes d’enfants stupides car elles ont recours à l’aide de Marie. Une de ces personnes a d’ailleurs dit, avec justesse : “ C’est vrai, je suis un enfant, devant la Sainte Vierge. ” Le malin tente également de nous faire croire que les hommes ne sont pas dignes d’invoquer Marie et que la sainteté leur est inaccessible, afin de les décourager. A contrario, il nous est souvent arrivé de prier le Padre Pio. Le diable, par la bouche des personnes possédées, avouait alors son incapacité à lutter face à ce grand Saint. Il a également dit que les groupes de prières du Padre Pio étaient sa ruine. J’ai répondu que, s’il voulait que j’arrête de prier le Padre Pio, il devrait d’abord dire : “ Vive le Padre Pio ! ” Le malin a alors déclaré qu’il préférait s’en aller car il ne dirait jamais une telle chose.

L’APPEL DU CIEL : Le démon s’en prend-il plus facilement à certaines personnes ?

PERE CIPRIANO DE MEO : Il n’y a pas de classification particulière. Toutefois, on peut noter que les jeunes personnes semblent les plus exposées aux attaques du démon. Mais le mal ne connaît pas de frontières entre les différents milieux de la société. J’ai ainsi déjà reçu plusieurs personnes italiennes occupant des postes à haute responsabilité. Le diable cherche avant tout à tromper les hommes, du plus simple au plus instruit.

L’APPEL DU CIEL : En tant que catholiques, nous avons tendance à rendre le démon responsable de tous nos maux. Qu’en pensez-vous ?

Saint-Michel

Saint-Michel

PERE CIPRIANO DE MEO : Il y a beaucoup d’erreurs à ce sujet. Certains le voient partout ; d’autres ne le voient nulle part. Des catholiques et même des Prêtres en viennent d’ailleurs à nier son existence. Le diable est pourtant mentionné à plusieurs reprises dans l’Evangile, c’est le Christ Lui-même qui nous en parle. Si nous contestons l’autorité des paroles du Christ, comment pouvons-nous affirmer que nous sommes catholiques ? J’ai donné de nombreuses conférences dans différents diocèses, toujours en présence de l’Evêque du lieu concerné. Un jour, un Prêtre m’a déclaré que le diable n’existait pas car l’Evangile est conçu sous forme de paraboles. Je lui ai alors simplement répondu que, lorsqu’il est question de paraboles dans l’Evangile, cela est clairement précisé. Concernant le diable et l’enfer, il n’y a aucune équivoque possible dans les Saintes Ecritures : il s’agit bien de réalités. Jésus guérit les malades et chasse les démons, quel est Son adversaire sinon le mal ?

On peut craindre que de tels propos émanant de Prêtres ne créent la confusion chez les fidèles et les déculpabilisent face aux péchés qu’ils commettent. Les conséquences peuvent être graves : on néglige alors la confession, on rend de plus en plus floue la frontière entre le bien et le mal. Cela est particulièrement visible dans notre monde actuel, qui oublie le pardon et nie l’existence du mal. Il y a réellement un grand travail à accomplir à ce sujet, même chez les catholiques. Je donne régulièrement des conférences dans des écoles, en présence d’élèves et de professeurs. Bien que catholiques, les personnes qui y assistent sont nombreuses à se demander si le diable existe bien. Je le répète, il s’agit d’une grave erreur que de nier l’existence du malin.

L’APPEL DU CIEL : Certains fidèles connaissent de nombreux problèmes dans leur vie quotidienne. Doit-on attribuer ceux-ci au démon ?

PERE CIPRIANO DE MEO : Pas toujours. On peut certes avoir tendance à le rendre responsable de tous nos ennuis mais il ne faut pas oublier que nous avons une nature humaine. Ainsi, on ne peut pas toujours lui imputer nos maux physiques ou nos contretemps de la vie quotidienne. Il ne faut pas voir le diable partout, sinon notre vie devient impossible. Et si nous pensons que le diable est partout, nous n’avons pas alors suffisamment confiance en Dieu, ni en la Sainte Vierge et les Saints.

L’APPEL DU CIEL : De nombreux fidèles récitent la prière du petit exorcisme du Pape Léon XIII, quelle est la position officielle de l’Eglise à ce sujet ?

PERE CIPRIANO DE MEO : Notre Pape Benoît XVI, lorsqu’il était encore le Cardinal Ratzinger, a placé cette prière parmi celles qui doivent être dites UNIQUEMENT par les Prêtres exorcistes. Ce qui signifie qu’en soi, cette prière ne peut être récitée par un laïc. Il ne faut pas perdre de vue que cette prière dérange l’ennemi et déclenche sa colère, ce qui peut se révéler très dangereux pour un laïc, qui n’a pas les mêmes moyens qu’un Prêtre pour lutter contre le démon : c’est pourquoi l’Eglise interdit au laïc le recours à cette prière ! Le Rosaire est pour un laïc la meilleure “ arme ” pour lutter contre le mal. La Sainte Vierge le répète d’ailleurs lors de Ses différentes apparitions. Lors des Messes d’exorcisme que je pratique, je demande à l’assistance de prier le Rosaire et après chaque dizaine, d’entonner un chant en l’honneur de Marie. Les réactions des personnes possédées sont réellement virulentes, ce qui prouve la puissance du Rosaire. Au troisième mystère, nous invoquons, en chantant, l’Esprit Saint. Les réactions des victimes du démon sont encore plus fortes. Après la récitation du Rosaire et l’invocation à l’Esprit Saint, je débute alors les prières d’exorcisme. C’est un véritable combat qui est mené contre le mal. Il est souvent terrible de voir des personnes, qui blasphèment, frappent, vomissent et se roulent par terre.

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Nombreux sont ceux qui encouragent le recours au petit exorcisme de Léon XIII. Cependant, l’Eglise a émis une interdiction (pour les laïcs) concernant la récitation de la prière d’exorcisme de Léon XIII visant à protéger chacun d’attaques incontrôlables du démon. Certains soi- disant “ messagers ” continuent pourtant d’affirmer que la Vierge Marie demande de réciter cet exorcisme ; cela ne peut venir de Dieu car le Ciel n’irait jamais contre l’Eglise ! Toutefois, l’Eglise encourage chacun a réciter quotidiennement la prière à l’Archange Saint Michel instaurée par Léon XIII “ Tout ce que vous aurez lié sur terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur terre sera délié dans le ciel. ” (Mt. 18, 15-20)

Nous reproduisons ci-dessous la décision de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, datée du 29 septembre 1985 :

Saint-Pierre de Rome

Saint-Pierre de Rome

Excellence,

Depuis quelques années, auprès de certains cercles ecclésiaux, se multiplient les réunions de prière qui visent à obtenir la délivrance de l’influence des démons, même s’il ne s’agit pas là d’exorcismes proprement dits ; ces réunions se déroulent sous la direction de laïcs, même si un Prêtre est présent.

Puisque l’on a demandé à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ce qu’il faut penser de ces faits, ce dicastère pense nécessaire de porter à la connaissance de tous les Ordinaires la réponse suivante :

1. Le Canon 1172 du Code de Droit Canonique déclare que personne ne peut légitimement prononcer des exorcismes sur les possédés s’il n’a pas obtenu de l’Ordinaire du lieu une permission particulière et expresse (§ 1), et détermine que cette permission ne doit être accordée par l’Ordinaire du lieu qu’à un Prêtre qui se distingue par sa piété, sa science, sa prudence et l’intégrité de sa vie (§ 2). Les Evêques sont donc instamment priés d’insister sur l’observation de ces prescriptions.

2. De ces prescriptions, il s’ensuit qu’il n’est pas même permis aux fidèles d’employer la formule d’exorcisme contre Satan et contre les anges déchus, qui est tirée de la formule publiée par mandat du Souverain Pontife Léon XIII, et encore moins d’employer le texte intégral de cet exorcisme. Les Evêques doivent en avertir les fidèles si cela est nécessaire.

3. Par ailleurs, pour les mêmes raisons, les Evêques sont priés de veiller à ce que – même dans les cas qui, bien qu’ils excluent une véritable possession diabolique, semblent cependant révéler une certaine influence diabolique – ceux qui n’ont pas le pouvoir nécessaire ne dirigent pas des réunions durant lesquelles on fait usage de prières pour obtenir la délivrance, au cours desquelles les démons sont directement interpellés et où l’on cherche à connaître leur nom.

L’exposé de ces normes ne doit cependant absolument pas détourner les fidèles de prier pour que, comme Jésus nous l’a enseigné, ils soient libérés du mal (cf. Mt 6,13). En outre, les pasteurs pourront utiliser l’occasion qui leur est offerte pour rappeler ce qu’enseigne la tradition de l’Eglise en ce qui concerne la fonction propre des Sacrements et de l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, des Anges et des Saints, dans le combat spirituel des chrétiens contre les esprits mauvais.

Je saisis cette occasion pour vous assurer de mes sentiments de vive estime et vous redire que je demeure votre très dévoué dans le Seigneur.

Cardinal JOSEPH RATZINGER, préfet

(Documentation Catholique n° : 1912, 16 février 1986, p.197).

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